Théophile Malicet (1897-1976) :

Sources: Photo provenant de son livre "Histoire chronique de Nouzonville" (1969)

Théophile Malicet est né le 12 février 1897 à Nouzonville (Ardennes) et mort le 27 septembre 1976 à Charleville-Mézières (Ardennes), est un ouvrier forgeron qui devient employé dans une usine de Nouzonville ; c'est aussi et surtout un syndicaliste qui a marqué les Ardennes et un écrivain prolétarien. C'est un authentique écrivain ouvrier du XX° siècle. Ses œuvres ont largement dépassé le cénacle régionaliste ardennais et sont encore l'objet aujourd'hui d'études sur la condition ouvrière de l'époque. Syndicaliste, il contribuera au développement du mouvement ouvrier dans la vallée de la Meuse à la suite de l'engagement de son père, un proche de Jean-Baptiste Clément . Converti au christianisme, il aura un regard distancié et critique par rapport à une « Église des riches » comme il le disait.

Son ouvrage " Debout, frères de misère " est un hommage à ses frères de labeur et aussi un vibrant appel a respect de la dignité humaine.



Textes et infos de mon ami historien René Colinet .
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  • A lire ou à relire : ¨Debout Frères de Misère¨ est un témoignage autobiogaphique rare et remarquable sur le monde ouvrier, et Théophile Malicet et sa famille. Un père engagé, anticlérical et franc-maçon, républicain patriote, dreyfusard, et lui, Théophile, comme l'un de ses frères, qui sent l'appel de Dieu. Un style classique, de très beaux passages, et la description du travail à la forge familiale. Pour moi (René Colinet) , il est au même rang que J.Rogissart et J. P. Vaillant. Quant à son histoire de Nouzon, elle est une première approche agréable, mais vieillie, qui souffre d'un manque de références et de recul, et compte de quelques erreurs. J'ai eu la chance (René Colinet) de le rencontrer plusieurs fois chez le professeur René Detrey à Joigny-sur-Meuse. Personne aimable, cultivé, mais qui m'impressionnait dans sa cape noire.








    Biographie :


    Théophile Louis Émile Malicet est un écrivain français né le 12 février 1897 à Nouzonville dans les Ardennes au 8 de la rue Drouot. Il est le cinquième enfant d'une fratrie de neuf. Son père est un forgeron qui tient une "boutique" ou "fabrique" à Nouzonville, un franc-maçon, libre-penseur et républicain1. Après son certificat d'études, en 1907, il devient lui-même à 11 ans ouvrier où il apprend le métier de forgeron dans la forge familial. Écrivain autodidacte, il témoigne à travers son œuvre des conditions de vie et de travail inhumaines des ouvriers dans ces Ardennes dites "rouges". Il est impressionné par la forte personnalité de son père qu'il surnomme le pater familias. Ce dernier fréquente les militants ouvriers engagés et notamment Jean-Baptiste Clément, le poète connu pour ses chansons dont Le temps des cerises.

    Jean-Baptiste Clément a été aussi membre du Conseil de la Commune lors de la révolte de 1871 et responsable de l'approvisionnement de la capitale. Jean-Baptiste Clément épousa une Ardennaise, Thérèse décédée en 1952 à Charleville.

    En 1885, Jean-Baptiste Clément fonde le cercle d'études socialiste, l'Étincelle de Charleville et la Fédération socialiste des Ardennes qui participe en 1890 à la création du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR).

    Tout jeune, Théophile Malicet "saute sur les genoux" de Jean-Baptiste Clément qui fréquente la maison familiale. C'est Théophile qui rapporte ultérieurement la chronique de la création dans les Ardennes de la Colonie libertaire d'Aiglemont. En 1918, l'atelier paternel est fermé et Théophile Malicet trouve alors une place de dessinateur industriel dans une usine de Nouzonville où il reste 42 ans et finit comme chef de fabrication. Il est non seulement un témoin de la condition ouvrière dans cette vallée de la Meuse au Nord des Ardennes, mais aussi un acteur engagé. Il est un syndicaliste actif et aussi un des pionniers de l'histoire de la culture ouvrière.

    En 1936, il dort à l'usine durant tout le Front Populaire. Militant syndical, il devient une des figures emblématique de la CFTC puis de la CFDT dans les Ardennes et il est de toutes les grandes luttes ouvrières. Dans sa lignée de syndicaliste chrétien de gauche, on peut évoquer le parcours trop court de Fredo Krumnow qui fut secrétaire national de la CFDT de 1970 à 1973 avant de mourir d'un cancer.

    À la Première Guerre mondiale où périssent plusieurs de ses frères Jules et Frédo et un troisième qui en revient aveugle, Théophile Malicet s'engage et est affecté à l'arrière du front, à la réparation des routes. Il se marie le 11 décembre 1920 après s'être converti au catholicisme. Le couple n'aura pas d'enfant. En 1929, il participe à la création des auberges de jeunesse.

    Il rencontre l'écrivain Jean Rogissart et participe à plusieurs associations culturelles comme le Groupe Artistique Arthur Rimbaud ou la Société des Écrivains ardennais. Il consacre tous ses loisirs à l'écriture, la poésie, le roman et aussi à des essais historiques dont l'Histoire de Nouzonville qui fut rééditée plusieurs fois.

    Il reçoit en 1948 le prix de poésie populiste pour son ouvrage La galère a chanté. Il témoigne aussi de sa conversion dans son ouvrage " La foi est une aurore " paru en 1964. Il a un regard très critique et distant par rapport à l'Église. "J'étais croyant, écrit-t-il, mais il y avait l'Église avec ses rites, ses damnés, sa batterie de cuisine, son clinquant. Et ses fidèles qui serrent les coudes et vous méprisent et ses bourgeois qui vous traitent en esclaves." Son œuvre et son amitié influencent des auteurs ardennais comme Noël Tuot, Jacques Théret, Alain Garot...

    Il se passionne pour ses Ardennes et contribuera à son atlas géologique .

    Il œuvre aussi à la constitution des collections du musée de Charleville Mézières.

    En retraite, il continue son œuvre littéraire à l'ombre de son pommier, dans sa maison de Nouzonville où il décède le 29 septembre 1976 à l'âge de 79 ans .

    Sa stèle funéraire est réalisée par le sculpteur et ami, Elie Badré (1905-1987) .